à nos corps . érotique I

Assis sur le canapé vert, tu parles de toi
moi à côté, allongée,  j’écoute distraitement
le rythme régulier de tes paroles dispersées
absorbé et ailleurs, tu montes et tu descends ta main
le long de mes jambes posées sur tes genoux

et cela me suffit à brouiller ma raison
à confondre les mots et les sens
à répandre la confusion
à déraper à l’intérieur de moi
là où les émotions se font réelles
et les désirs se font fantasmes

je me laisse glisser d’abord
c’est ainsi que je t’inviterai
le tressaillement reconnu parcoure mon corps alerté
je renverse mon regard et mes chairs
je me tourne à l’intérieur de moi, je m’y délecte
je me savoure

inattendue et brutale, la sourde brûlure basse
s’infiltre fluide en moi, elle se propage, elle se disperse
s’immisce dans tous les recoins, dans tous les détails
ainsi révélé, mon corps s’éveille et s’agite
il se tend en prélude au plus exquis des langages
alors sans un mot je te dis mon envie et ma soif

enfin tu flaires l’odeur de ma sueur perlée
tes phrases s’effilent et tes mots s’essoufflent
étouffés par le chahut d’une excitation décelée
alors dans ce silence aux échos résonnants
tu te retournes vers moi

brutalement tu t’empares de mes hanches
tu me redresses pour me presser contre toi
nos lèvres s’accueillent, s’accrochent et se partagent
nos bouches implorantes nous absorbent l’un à l’autre

ainsi rapproché déjà tu me déboutonnes
méthodiquement tu me dénudes
la robe se dérobe et les bas glissent
j’entends alors ton souffle s’épaissir
ton râle d’impatience se faire rauque
convoitée, tu aspires les effluves de mon consentement
tes mains au rythme de mes hanches ondulantes
pour improviser cette danse érotique à peine envolée

tes doigts légers glissent sur mes courbes offertes
révélée, je soupire et te tends mon corps en présent
entière et offerte au tourbillon qui nous soulève

d’un coup sec tu écartes mes jambes, tu plaques ta paume ferme sur mon sexe
que tu presses et que tu animes juste avant de faire glisser ma culotte
et de froisser de ta main impatiente et brûlante ce moi transporté

je laisse tes doigts jouer avec les pétales de cette fleur assoiffée
et soudain aux revers de ce délice enivrant
se soulève en moi une envie capricieuse de toi
je te veux nu
je te défais
à te regarder homme et beau je me souviens de ton pouvoir et de ma dépendance
cette fois encore, le feu que tu recouvres de brindilles me consumera
pour un plaisir rendu à l’intimité de la peur affrontée

embrumée, la conscience égarée
je crois qu’ensuite tu m’as couchée sur le dos
que tu t’es étendu sur moi et que tel un serpent
tu as glissé ta langue le long de mon corps jusqu’à cet entre-jambe convoité
où ta tête s’enfouissait, farfouillant farouchement des abysses inconnues et obsédantes

dissolue et désarmée, je n’ai plus su quelles parties de toi et de moi s’étreignaient
si c’était ta langue, ta main ou ma main, tes doigts ou les miens.

c’est alors que tu t’es levé, tel un guerrier assoiffé tu as détaché ta ceinture
dénudé ton sexe pour me l’afficher en pleine face
exigeant que mon désir se défoule sur ce membre qui te commande

je me souviens
quand je t’excite, je prends mon temps
j’aime m’attarder sur tes détails
absorber tes sursauts
insinuer tes attentes
et te dépouiller de ta décence

de mon index je caresse le bout de ce sexe que tu tiens dans ta main
je pose mes lèvres sur lui, je le prends, je le goûte, je le suce
je te dérobe, je te soustrais
je contemple ce torse de mâle que tu bombes
tâtant en cadence ces parties saillantes de toi qui me captivent

quand soudain, tout au bord du grand vide
pour prolonger l’impatience
pour conjurer l’orgasme émergeant
tu te dégages de moi et tu t’affales à mes pieds

tu sais jouer avec le délice
tu célèbres les secrets du ravissement
tu étires la grâce de l’instant
alors, offrant notre temps aux Dieux des plaisirs sacrés
le temps de quelques soupirs ajoutés
nous nous perpétuons
nous nous immortalisons

ainsi tu me lèves et tu m’emmènes vers le mur
tu me tournes et tu poses mes mains contre le grand miroir mural
tu colles ton corps à mon dos puis tu empoignes mes fesses que tu agites
les claquant parfois de tes paumes
tu les écartes pour y glisser tes doigts
puis tu me tire en arrière d’un coup sec pour que je me penche
que tu puisses tu y introduise ton sexe raide
pendant que par mes hanches agrippé
tu rythmes nos aller-venues
pour ainsi nous posséder et nous offrir en alternance

les mots affranchis se mêlent à nos gémissements
des appels lancés dans cet espace assourdissant
un interstice de jouissance insaisissable et gluant

il est temps que je me faufile en dehors de toi et que je te pousse sur le lit
afin que sur ton sexe pointé et rougi je puisse m’asseoir
me délecter de ses caresses intérieures
et en te dictant le rythme de ma jouissance impudique éhontée
me régaler de me sentir ainsi transpercée

je pose ensuite mes mains sur tes poignets plaqués
et je tends mes seins vers ta bouche
que de ta langue tendue et enjouée tu les lèches
que tu les les suces
que tu les aspires
avides du désir d’une fusion lointaine
que nous rappelons de nos étreintes

nos souffles se font courts
au plus profonds de nos corps habités
nous sentons la sève tiède nous assaillir
la morsure se faire pressante, insistante, suppliante

redressés, nos corps se collent encore une fois
par mes cheveux tu me cambres
fasciné par l’expression de mon euphorie
tu me regardes me rendre
tu t’invites dans l’espace de mon plaisir déclamé
pour qu’ensemble nous nous lâchions à l’inévitable vague surgissante
alors effarés et submergés par la puissance de son éclat
engloutis dans les remous de cet océan d’émois
nous perdons pied
et une fois la mort consentie
ensemble nous nous noyons

déjà les larmes délivrées
les sanglots échappés
se résorbent déjà dans le silence de la nuit

abasourdis, émerveillés et épuisés
aux croisement des liens de nos êtres partagés
au cœur de nos vérités incontournables
nous nous endormons, attachés, imbriqués et scellés
jusqu’à ce que  l’aube prochaine nous séparer pour nous rendre
transformés et ressuscités
à notre indispensable solitude

ar

Image à la Une : Fresque de Pompeï

 

« J’ai découvert que, contrairement à ce qu’affirmait, par exemple, Georges Bataille dans Les Larmes d’Éros, il existe d’énormes différences entre l’érotisme joyeux, le culte du corps, en Grèce, et l’érotisme de plus en plus effrayé, de plus en plus fasciné, du monde romain. »
Sebastien Paul lucien
Mes couleurs du temps

« L’érotisme est l’une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie »
Etre une femme et autres essais
Anaïs Nin

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12 réflexions sur “à nos corps . érotique I

      1. Si bien sûr, d’autant que le plaisir charnel peut exister sans contact ! La vue, l’ouïe, l’odeur sont autant d’éléments qui participent à cet ensemble amoureux. L’harmonie des corps est une alchimie sensorielle, la perte de soi dans le corps de l’autre qui s’abandonne constitue l’achèvement, l’acmé du désir. Mais il demeure cette part contemplative qui attise le désir, le sublime avant de laisser les mains se joindre et les corps s’unir.

        Aimé par 2 people

  1. La fusion des corps est le but ultime de l’amour que la poésie sublime .Votre plume transforme le verbe en peinture animé ,reflet de la beauté de deux corps qui partagent la volupté de l’instant. ..,où le ciel et la terre officient l’éternelle félicité.
    Excellente journée.

    Aimé par 1 personne

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